Les 6 biais cognitifs à éviter en management stratégique

On a bien vu comment des start-ups ou des fleurons de l’industrie française se sont retrouvés en perte de vitesse voire éliminés du marché du fait de mauvaises décisions menées par leurs dirigeants charismatiques. Et pourtant, la plupart d’entre eux étaient reconnus pour être brillants. Comment expliquer ces échecs ? L’une des raisons réside dans le fait que nous sommes soumis à des biais cognitifs et à des croyances qui faussent en permanence notre jugement lors de nos prises de décision. Et cela peut avoir de fâcheuses conséquences dès lors qu’il s’agit de décisions stratégiques. Notre pire ennemi, c’est nous-même ! Ainsi, l’une des clés de réussite du manager stratège consiste à s’affranchir de ces biais cognitifs, ce qui implique une bonne dose d’introspection et d’esprit critique. Des qualités à prendre résolument en compte par les Ressources Humaines.

Voici les six principaux biais liés à la prise de décision stratégique.

1. Le biais de certitude : Certains managers sont certains de détenir la vérité. Sûrs d’eux-mêmes, ils ne se remettent jamais en question dès lors qu’ils ont une intuition. Ils peuvent s’appuyer sur des paradigmes tout prêts pour justifier leurs décisions : « Il faut participer à des salons pour être visible », « Cela a toujours bien marché comme ça, il n’y a pas de raison que cela change », « Les américains ne sont pas regardants sur les prix », etc. Pour contrer ce biais, le manager stratège sait toujours se remettre en question, quitte à changer d’avis s’il se rend compte qu’il est sur une mauvaise piste. Sa devise est « je sais que je ne sais pas ».

2. Le biais du gourou : Tel dans les temps anciens où l’on faisait appel au gourou pour interroger les divinités, certains managers font confiance aveuglément à un expert, supposé détenir le savoir absolu. Cependant, l’expert n’est pas d’une part infaillible et va d’autre part chercher à défendre ses propres intérêts, lesquels ne sont pas forcément en concordance avec ceux de l’entreprise. Le manager stratège va certes consulter les experts mais aussi faire preuve d’esprit critique en intégrant leurs préconisations dans le cadre d’une vision globale.

3. Le biais de réunion : Certains managers, face à une nouvelle problématique, ont tendance à proposer immédiatement une réunion pour prendre une décision, tels les chevaliers de la table ronde. Le hic, c’est qu’il est hasardeux de prendre une décision stratégique à l’issu d’une seule réunion, d’autant plus si celle-ci n’est pas préparée. Le manager stratège sait que la réflexion individuelle est indispensable. Des études ont d’ailleurs montré la supériorité de la réflexion solitaire sur la génération d’idées en groupe. Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, disait : «Je ne crois pas que quoique ce soit de révolutionnaire ait jamais été inventé par un comité».

4. Le biais d’empressement : Certains managers empressés se croient obligés, parfois sous la pression des collaborateurs, de prendre une décision rapidement. Si cette forme d’impulsivité peut se justifier pour une décision opérationnelle, par exemple le choix de la couleur d’une chaise, c’est en revanche le meilleur moyen de prendre une mauvaise décision stratégique. Le manager stratège va prôner son « droit à l’indécision ». En effet, il doit y avoir un temps d’incubation d’une idée. Il va préférer reporter la prise de décision tant qu’il n’aura pas trouvé la meilleure solution car « la nuit porte conseil ».

5. Biais de vision partielle : Des erreurs de stratégie sont également commises du fait qu’on ne prend en considération qu’une partie des choses. Par exemple, certains managers peuvent s’emballer suite à une nouvelle information qui paraît séduisante (l’identification d’un nouveau marché en forte croissance). Le manager stratège apprend à traiter un sujet sous tous ses angles et à faire preuve d’esprit critique (est-on vraiment qualifié pour développer ce marché, quelle est la concurrence, les investissements nécessaires, etc. ?).

6. Biais de confirmation : De façon similaire, ce biais agit sur notre façon de percevoir et de raisonner. Notre cerveau nous pousse à prendre des décisions et à les justifier de manière à rester cohérent par rapport aux choix que nous avons fait, ou par rapport à nos convictions. Par exemple, si nous lançons un produit, on aura tendance à vouloir absolument poursuivre nos investissements même lorsque les signaux sont au rouge. A contrario, le manager stratège est toujours prêt à se remettre en cause en faisant preuve d’objectivité, quitte à revenir sur des choix antérieurs.

Ainsi, l’un des secrets du manager stratège consiste à prendre du recul et analyser les situations où lui-même ou ses pairs auraient été victimes de biais cognitifs, afin de savoir les contrer à temps. En revanche, un excès de confiance en soi, une tendance à trop faire confiance, ou à prendre des décisions sur le vif, aussi réconfortant que cela puisse paraître aux yeux de certains, iront à l’encontre de la démarche nécessaire dans la prise de décision stratégique ! Mais pas de panique, le talent de stratège se développe si nous faisons preuve de toute l’humilité nécessaire.

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